« De l’ordre peut naître la liberté, et donc l’aventure. »

«Un entraineur doit générer une idée, il doit ensuite convaincre que c’est cette idée qui va l’accompagner dans sa quête de l’efficacité, puis trouver avec le joueur un accord afin que, dans l’adversité, il ne trahisse pas cette idée. Ce sont les trois prémisses d’un entraineur.» 

Marquer des buts et éviter d’en concéder est la règle essentielle du jeu. Mais la vraie richesse réside dans son aspect collectif. Le football aurait été individuel, qu’il aurait fallu simplement utiliser ses qualités physiques et/ou techniques pour prendre le dessus sur son opposant et marquer ou l’en empêcher. Par un dribble, une feinte de corps ou une accélération, on élimine un adversaire direct. Avec de la condition physique, on l’épuise. Et parallèlement gérer ses manquements dans l’aspect athlétique ou son déficit technique pour éviter une position d’infériorité. Jouer au sol contre un adversaire de grande taille, empêcher un adversaire rapide de prendre de la vitesse en restant au marquage constamment, etc.

Mais le caractère collectif fait intervenir la réaction de dix coéquipiers, de onze adversaires en plus de l’influence moins directe néanmoins, de deux staffs antagonistes. Toutes ces interactions se font graduellement dans le temps en tenant compte de l’espace. Les adversaires et coéquipiers à proximité offrent d’abord une réponse immédiate au porteur du ballon en se rapprochant, s’éloignant ou en intervenant. Les acteurs plus éloignés s’adaptent alors tandis que les entraîneurs ont une implication à long terme en proposant une tactique d’entrée de jeu et des ajustements au fur et à mesure de la physionomie de la rencontre. Lors de chaque prise de balle, l’orientation du corps évolue pour correspondre aux réalités du match, les distances entre les lignes augmentent ou se réduisent, des zones de jeu se créent ou se referment, des appels se font, des marquages se resserrent ou se défont, et surtout des mouvements se déclenchent, et ce continuellement pendant le match. 

73b012faeea55f33e585e3e147e650f0

Le rôle de l’entraîneur est alors perceptible : trouver un lien logique  entre toutes les réactions possibles pour chaque joueur avec et sans ballon, en position offensive et défensive.

Cette phrase résume l’idée de jeu. »Toutes les réactions possibles » malgré tout, compose un éventail trop large à couvrir : un match dure 90 minutes, les gestes techniques offensifs comme défensifs sont trop nombreux et variées, l’imprévisibilité est une qualité extrêmement importante et présente au football, le temps pour mettre en place ces liens est trop court, les différentes équipes rencontrées n’ont pas des qualités similaires nécessairement. C’est donc une idée général autour des qualités dominantes de l’effectif qui sera la base du travail de l’entraîneur et qui donnera les premières indications sur les intentions de l’équipe avec le ballon et sans.

L’organisation de l’équipe s’établira donc en fonction de ses prédispositions. C’est ainsi qu’on décide de défendre large ou plutôt au cœur du jeu, si on joue avec une défense haute ou basse, dans quelle zone de jeu on entamera le pressing, si le marquage est individuel ou en zone, si on presse le porteur du ballon ou ses solutions de passe, etc. Ces moyens ont pour but de conduire l’animation offensive adverse dans la configuration désirée afin de profiter des supériorités supposées dans ce domaine. Un raisonnement identique intervient pour l’animation : abuser de centres ou des combinaisons, jouer en conservant le ballon pour exploiter tous les espaces ou chercher la contre-attaque immédiate sans perdre de temps, jouer de façon direct vers ses attaquants ou passer par le milieu, demander plus d’élimination par des dribbles, etc.

Un effectif avec des qualités évidentes dans le jeu aérien défensif cherchera à pousser les adversaires vers les ailes afin que ceux-ci centrent par exemple. Lorsqu’on a plutôt des joueurs avec de la facilité dans le un contre un, on a tendance à élargir le terrain afin de leur offrir tout l’espace nécessaire et forcer l’équipe adverse à leur offrir un marquage individuel plutôt qu’impliquant plusieurs joueurs.

Le premier exemple implique une approche défensive sans le ballon tandis que le second est offensif avec le ballon. Ces phases de jeu ont beau être distinctes, on ne peut les traiter séparément. On ne peut demander aux joueurs de simplement exploiter leurs forces et d’éviter de jouer sur leurs défaillances. Plus souvent que de coutume, un atout en phase d’attaque se révèle défaillant quand il s’agit de défendre. l’entraîneur ne peut décider que faire avec le ballon pour attaquer d’une part et ensuite comment défendre.

« Le football repose sur quatre fondamentaux, quatre points essentiels : la défense, l’attaque, comment tu passes de la défense à l’attaque, comment tu passes de l’attaque à la défense ». Marcelo Bielsa

Pour mieux comprendre, il faut toujours prendre le cas extrême car étant le plus représentatif. Imaginons une équipe particulièrement habile pour combiner entre ses offensifs et avec des défenseurs habiles pour défendre les centres en laissant peu d’espace. L’idéal est d’avoir ses joueurs offensifs haut proches de la cage adverse pour qu’il y ait le maximum d’opportunités aux combinaisons. Et par un raisonnement identique, la meilleure option pour eux serait de défendre bas afin de réduire les espaces. Ces deux situations sont optimales en théorie mais en pratique loin d’être efficientes. D’abord ils requièrent une trop grande débauche en énergie d’aller aux deux extrêmes sans cesse, ensuite cela prendrait beaucoup de temps de commencer toutes les attaques après un centre remporté dans sa propre surface, enfin la surface de jeu choisie est trop large et conduira inévitablement à des espaces entre les lignes. Ces 3 paramètres, le temps, l’espace et l’énergie constituent donc le repère pour établir l’idée de jeu en trouvant les connecteurs logiques pour attaquer et défendre, en passant de l’un à l’autre au mieux possible.

De ce raisonnement découle donc le fameux : « Il ne suffit pas des onze meilleurs joueurs pour faire la meilleure équipe. » Tout est une histoire de compromis et de déséquilibre qu’on tente de maintenir sous contrôle.

« De l’ordre peut naître la liberté, et donc l’aventure. »

Cette phrase de César Luis Menotti, fantastique orateur de football et vainqueur de la Coupe du Monde avec l’Argentine en 1978, illustre la dualité qui se tient entre l’initiative personnelle et la consigne. L’ordre dont il fait référence évoque tout le volet tactique mis en place par l’entraîneur et son application aux situations de jeu. Parce que la réponse est donnée par le joueur qui lui est confronté aux événements du match et prend une décision instantanée. La tache revient donc aux joueurs de comprendre l’idée de jeu, d’en saisir le sens et d’adapter les consignes collectives et celles plus individuelles qui le concernent, aux réalités moins théoriques du terrain avec toutes les émotions selon le moment.

Les trophées, la longévité,  les statistiques, la qualité des joueurs et tant d’autres éléments sont utilisés pour faire et défaire, tour à tour, la réputation des entraîneurs. Ces critères ont tous une corrélation évidente avec la réussite des entraineurs. Néanmoins,  et pour inclure l’esprit mathématique dans le raisonnement, ils ont leur restriction ou domaine de validité. Ce n’est pas parce qu’un entraîneur a gagné qu’il est bon et qu’il a perdu qu’il est mauvais. D’autres paramètres entrent en compte par ce simple postulat : tous les entraineurs n’ont pas à disposition le même effectif ou ressources pour évoquer un cas plus général. Mais tous peuvent et doivent générer une idée de jeu, la mûrir, convaincre les joueurs qu’il s’agit de la voie à suivre et les impliquer dans ce projet.

Trop d’entraîneurs choisissent de jouer avec une mentalité offensive ou défensive sans savoir le faire. Et sans travailler les différents compromis qui interviennent. Au contraire, l’idée de jeu doit être comprise et appliquée par les joueurs et qu’on sente le travail qu’il y a eu derrière l’œuvre. Cela se ressent à travers des joueurs qui savent exactement ce qui est attendu d’eux lors de chaque phase de jeu. Mais cela ne doit pas nuire aux initiatives personnelles parce que le football est un jeu imprévisible, de création, de plaisir. Cet écart individuel doit être fait dans le sens du jeu en favorisant l’idée collective parce que les coéquipiers eux restent, pendant ce temps-là, dans ce cadre commun. 

2 commentaires sur “« De l’ordre peut naître la liberté, et donc l’aventure. »

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s