L’Argentine agonise. Et ce, malgré Messi.

L’Argentine, première du classement FIFA, est pourtant l’une des équipes les plus incohérentes au monde. Sélection correspondrait d’ailleurs mieux comme dénomination à cet ensemble de joueurs dont la plupart ne doivent leur place qu’à leur notoriété. L’Italie 2016, brillante malgré la défection de joueurs majeurs, palliait ses défaillances par un groupe soudé vers un objectif commun et une idée de jeu remarquablement mise en place par Antonio Conte et exécutée avec brio par ses joueurs. L’Argentine est le parfait contre-exemple au niveau de l’état d’esprit et du jeu. Ce n’est ni une histoire de système de jeu, ni de quels joueurs sélectionner, ni d’entraineur. Le mal est plus profond : la Fédération Argentine de Football est le premier coupable.

Depuis le décès de Julio Grondona, président de l’AFA (Asociación del Fútbol Argentino) pendant 35 ans, plusieurs crises internes ont empêché l’AFA de se restructurer sainement. L’ancien président, soupçonné de corruption par la justice américaine, occupait aussi le rôle de vice-président de la FIFA et la présidence de la Commission des Finances de cette entité. Il a aussi été accusé de malversations, pots de vin et revente illégale de billets VIP lors de la Coupe du Monde 2014.

L’élection pour désigner son successeur, devant opposer Marcelo Tinelli, vice-président de San Lorenzo, et Luis Segura, ancien bras droit de Grondona, a été décalée à de nombreuses occasions suites aux accusations de la justice argentine (irrégularité dans la gestion des fonds) et aux ingérences des politiques soucieuses d’utiliser le football comme argument électoral en 2015. La corruption, les élections retardées et truquées, les ingérences politiques et la rivalité entre les clubs qui se poursuit à la Fédération ont déteint sur la formation et sur le championnat. Les grosses écuries du championnat voulaient créer une SuperLeague afin de s’assurer des revenus beaucoup plus importants. Cet article de football365 revient parfaitement sur la situation en Argentine.

Finalement, aucun président n’a été élu et ce malgré les élections qui se sont tenues, les deux candidats ayant chacun 36 voix pour 75 votants. La démission de l’ancien entraineur Tata Martino est intervenue alors qu’aucun club ne voulait libérer ses joueurs pour les Jeux Olympiques 2016. Et c’est dans ce désordre perpétuel que tente de survivre l’Albiceleste. Car malgré un bilan flatteur de 3 finales de suite (Coupe du Monde 2014, Copa 2015, Copa Centenario 2016), l’équipe nationale fait l’apologie de sa fédération  : déstructuration.

L’Argentine est dépourvue d’éléments primordiaux pour en faire une équipe : la mentalité et l’état d’esprit. La confusion qui règne chez les responsables se déporte au niveau des joueurs et du staff. Si Marcelo Bielsa, Diego Simeone, Marcello Gallardo, Mauricio Pochettino, Jorge Sampaoli ou encore La Volpe n’ont été approchés ces dernières années, c’est parce que la qualité de ces entraineurs, leur renommé et leur rigueur imposeraient des garanties que l’AFA ne veut pas concéder. A la place, c’est Edgardo Bauza, bien plus flexible pour ses dirigeants, qui est nommé. Et l’Argentine continue d’offrir des prestations médiocres.

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Lorsque l’Argentine joue, la seule idée de jeu, depuis l’ère Sabella, consiste à trouver Messi. Logique avec un joueur capable de jouer dans plusieurs registres : dans la construction depuis l’arrière, dans l’animation des ailes, dans la conservation du ballon, dans la création des offensives, dans la gestion du rythme de la rencontre, pour faire jouer ses coéquipiers et faire le lien entre les éléments du collectif, sans énoncer tous les aspects de sa finition. Seulement, « un groupe ne se forme que si tout le monde parle le même langage et si tout le monde est apte au jeu collectif. On n’obtient rien tout seul, ou alors que des résultats éphémères. »

L’Argentine a déjà réussi trois finales d’affilée, et Messi y est pour beaucoup. Non pas qu’il fut seul, d’autres ont apporté leur contribution comme Romero ou Mascherano, mais tout n’a pas été mis en œuvre pour offrir une meilleure production collective. Sur son coté droit, Messi a comme compagnon Mercado et Biglia. Un défenseur central et un milieu récupérateur pour combiner, pour avoir un relai, pour trouver Messi. Cette idée n’est pas compatible parce que les deux ont du mal dans le jeu vers l’avant, dans des simples remises, pour servir de relai, etc. Et c’est ce qui illustre toute cette équipe.

Parce que coté opposé, Rojo est un défenseur central qui joue comme arrière gauche. Il ne peut animer un couloir, apporter un surnombre effectif, offrir de la variété. Tout ce qu’il apporte d’un point de vue offensif sont des centres de mauvaises qualités. Pour ce qui est de la défense centrale, Funes Mori et Otamendi ne se gênent pas pour envoyer de longs ballons vers l’avant. Messi, Di Maria et Higuain ne sont pas connus pour la qualité de leur jeu de tête et ne peuvent donc rien faire. Les liens sont donc inexistants entre défense et attaque.

Avec le duo Mascherano et Lucas Biglia, l’Argentine a du mal pour ressortir. Ces deux sont surtout alignés pour couvrir leur défense et bien que le barcelonais ait des facilités techniques, il est surtout influent pour construire dans un rôle de défenseur central. Il a plus de temps, d’espace, de repères alors qu’au milieu, il a le jeu contre lui et se retourner n’est pas évident. Voici donc 6 joueurs utilisés uniquement dans un registre défensif et qui lorsque l’Argentine a le ballon perdent grandement leur influence. Et même dans un rôle sans ballon, il y a peu d’appel, de déplacements pour ouvrir des espaces aux coéquipiers.  Toujours ce problème dans l’attitude.

Pour le quatuor offensif restant, cela se résume vite en jeu individuel. Il y a quelques tentatives de combinaison, mais trop peu productives. Trop souvent des frappes de loin, de l’empressement, comme souvent avec Di Maria, nuisent. Le joueur du Paris St-Germain a une qualité technique indéniable et une grosse activité, mais dans la pertinence de ses choix, il lui faut grandement progresser pour briller dans un jeu collectif et autrement que par ses qualités propres.

Avec autant de joueurs ayant une tache défensive, on pourrait penser à la mise en place d’une idée sommaire : les défenseurs défendent, les attaquants attaquent. Finalement aucune phase n’est exécutée correctement. On ne sait pas si le pressing est orienté solutions de passe, joueur ou ballon, à quelle hauteur il doit commencer, le positionnement de la ligne défensive, etc. L’animation n’est pas bonne non plus malgré le nombre de joueurs présents dans des clubs de haut niveau : quelle zone de jeu doit être exploitée, comment ressortir, construction sur les ailes ou au milieu, manque de mobilité en attaque, etc. Ni l’attaque, ni la défense, ni les transitions sont donc au niveau de cette équipe, 3e du groupe de qualifications.

Et ce, malgré Messi.

Le groupe des sélectionnés n’évolue presque plus : Demichelis et Lavezzi (en Chine), tous deux en fin de carrière sont toujours sélectionnés, Icardi qui depuis 3 ans démontre d’excellentes choses avec l’Inter n’a connu qu’une sélection en 2013, Geronimo Rulli (gros potentiel n’a jamais eu de sélection même en amical malgré sa présence occasionnelle dans le groupe). Avec un déficit énorme dans la créativité surtout au milieu, Paredes, Pastore et Banega devaient tous avoir leur rôle majeur.

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