Le pressing : comment et pourquoi ?

Le football est toujours gestion de temps et d’espace, avec et sans le ballon. Si on parle souvent des qualités d’une équipe avec le ballon, il est beaucoup moins fréquent d’évoquer sa situation sans. D’ailleurs pour s’exprimer avec le ballon, il faut déjà le récupérer. Interviennent les compromis entre temps, espace et énergie. Comme toujours au football. 

L’objectif du pressing ? Offrir le moins de temps possible aux adversaires directs et les forcer dans leur décision. Les intentions sont toujours diverses, multiples et concordantes avec les qualités de l’équipe qui choisit de presser et/ou éventuellement les carences adverses. On peut forcer les défenseurs à jouer long pour exploiter un avantage en terme de taille, isoler le porteur du ballon lorsque celui-ci a des faiblesses dans la conservation du ballon, limiter le potentiel créatif d’une équipe lorsque ses éléments évoluent tous dans une zone de jeu bien délimitée, etc.

Par exemple, l’Atletico Madrid, l’une des références défensives de ces dernières années : ses deux attaquants font souvent une course courbée afin d’empêcher les défenseurs centraux de jouer entre eux. Antoine Griezmann ne vient pas frontalement mais latéralement pour obliger son opposant à jouer sur le latéral droit.

ATM-pressing

Celui-ci a la ligne de touche contre lui et n’a donc qu’un angle de 180 degrés au lieu de 360 degrés dans une position axiale. Et maintenant Griezmann va continuer son effort vers le latéral droit, Carrasco, milieu gauche et le latéral gauche aussi vont tous trois mettre le latéral droit du Sporting Gijon sous pression. Le piège s’est mis en place, (pressing trap en anglais) ce qui a inspiré cette célèbre phrase :

« La ligne de touche est le meilleur défenseur au monde. » (Pep Guardiola)

Une dualité manichéiste est souvent mise en avant pour opposer Guardiola et Simeone en soulignant la possession. Mais ces deux-là ont beaucoup plus de similitudes que certains des entraineurs qui sont de la même école supposée (Pro et anti-possession). La possession n’a pas de sens en valeur absolue, c’est toujours les intentions derrière qui analysent sa pertinence. Et la même chose est valable pour le pressing.

Le pressing est une phase de déséquilibre. Lorsqu’on presse, on altère sa structure pour éviter la progression de l’adversaire. Si on ne contrôle pas ce déséquilibre, on laisse des espaces pour les adversaires. Et donc on intervient avec un temps de retard en plus de perdre de l’énergie pour un travail improductif. Il est donc important de définir d’abord l’objectif du pressing comme cité plus haut avec l’exemple de l’Atletico Madrid.

Il y a divers desseins : récupérer haut le ballon, forcer la passe en retrait et entraver la progression adverse ou le long ballon, empêcher la passe en profondeur, la passe en retrait, permettre au bloc de se reformer, etc. Lorsqu’on a décidé de ce qu’on veut faire, il s’agit dans quelle zone le faire et surtout à quelle hauteur. Évidemment les deux côtés présentent plus d’avantages comme l’exemple ci-dessus le démontre. Mais ce n’est pas une vérité absolue; les joueurs ayant le plus de facilité dans la récupération peuvent se retrouver dans une position axiale comme Ngolo Kanté. Tandis que l’adversaire a des latéraux capables de défaire un pressing comme Daniel Alves ou Marcelo. Que faire dans ce cas ? Le football est toujours une histoire de compromis.

Concernant la hauteur du pressing, a priori on aurait tous aimé répondre le plus haut possible. Mais d’autres questions interviennent : est-ce que les défenseurs à ma disposition sont capables de jouer avec autant d’espace dans leur dos ? Leur sens du placement, la qualité de leurs interventions, leur vitesse, leur lecture de jeu, l’agressivité dont ils font preuve, peuvent-ils me garantir de la sécurité si malgré mon pressing, je n’obtiens pas le résultat escompté ?

Il y a donc 3 zones de pressing distinctes :

  1. la zone haute : Généralement pour tirer profit de sa supériorité sur le plan technique, physique, tactique et/ou exploiter les failles de l’adversaire techniquement, tactiquement, physiquement avec une attitude agressive. C’est souvent celle qu’emploie les équipes meilleures techniquement. Mais l’aspect tactique est important car avec une mauvaise sortie de balle, l’adversaire se procurera des opportunités. Le cas du FC Barcelone qui est de plus en plus pressé haut par ses adversaires parce que sa sortie de balle est défaillante (la qualité technique n’est pas seule garante de la sortie de balle).
  2. la zone du milieu : le pressing classique, empêcher le porteur du ballon de faire les meilleurs choix, limiter sa créativité, etc.
  3. la zone basse : Lorsqu’une équipe se replie avec une défense basse, elle met en place un pressing avec peu d’espace entre ses joueurs pour empêcher l’adversaire de mettre en place un jeu fluide, de frapper de loin.

Ensuite le choix des acteurs de ce pressing est primordiale. L’adversaire direct est une évidence pour s’opposer au porteur du ballon. Mais il faut aussi désigner lesquels de ses coéquipiers vont l’aider et comment.

Le Bayern Munich sous Jupp Heynckes utilisait un joueur sur le porteur du ballon. Mais ses coéquipiers quant à eux devaient marquer les adversaires directs pour lui ôter toute solution de passe.

Heynckes-mannorientiertes-Gegenpressing

Pep Guardiola avait une autre approche, pas trop éloignée néanmoins de celle de Jupp Heynckes. Au lieu des adversaires directs, il préférait couper les possibles lignes de passes pour ôter toute relation possible entre le joueur sous pression et ses coéquipiers. Vu que les joueurs barcelonais étaient inférieurs dans l’aspect physique, il fallait réduire les duels.

Guardiolas-passwegorientiertes-Gegenpressing

Ces deux approches sont une variante du gegen-pressing (contre-pressing) de Jurgen Klopp. L’actuel entraineur de Liverpool souhaite tirer profit de la désorganisation de l’adversaire lorsque son équipe récupère le ballon. Il veut donc ses joueurs proches les uns des autres prêts à la contre-attaque qui sera décidée par le pressing.

« Le meilleur meneur de jeu du monde, c’est le gegenpressing. » Jurgen Klopp

On met donc une grosse densité sur le porteur du ballon seul.

Klopps-raumorientiertes-Gegenpressing.png

D’autres exemples existent mais ceux-ci suffisent pour expliquer l’apport des coéquipiers et la mise en place du pressing collectif. Parce que ce dernier doit être coordonné entre ses différents acteurs sinon le déséquilibre affaiblit toute l’équipe. Sinon l’adversaire a plus de temps, plus d’espace en plus de la perte en énergie évidente. Mais surtout de l’aspect psychologique et mental qui sera défaillant entrainant moins de détermination, de combativité, d’agressivité. Et le meilleur moment pour presser, c’est lorsqu’une équipe est dans le doute.

Pourquoi, où et comment presser ? Trois questions auxquelles on a répondu plus haut. Mais quand presser ? Courir et répéter les efforts pendant tout le match est impossible. Certaines équipes avec une conservation de balle élevée peuvent se permettre de le déclencher aussitôt le ballon perdu. Pour d’autres, il faudra des déclencheurs de pressing : cela peut être une zone de jeu, un joueur en particulier (Gotze sur Xabi Alonso lors de la confrontation Dortmund vs. Real Madrid), etc.

« Pour exercer un pressing efficace il est fondamental que l’équipe soit bonne dans le travail de coordination pour maintenir une zone dense où l’adversaire peinera à trouver une solution évidente et profitable pour lui. Il faut une équipe au point physiquement et surtout tactiquement. Cela impose de maitriser les couvertures mutuelles, les coupures de trajectoires et donc une bonne lecture du jeu adverse. Ce travail fondamentale devra être envisagé lors de chaque séance avec nécessité de couper les phases de pressing et de bien expliquer ce que l’on attend de son 11, à quel moment et de quelle manière il doit déclencher son pressing. »

https://entrainementdefoot.fr/modalits-dun-bon-pressing/

 

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s