Unai Emery : « Le système de jeu est secondaire. Ce qui nous importe, c’est la philosophie de jeu. »

Le football peut-il prétendre au rang d’art ? Un débat qui a longtemps passionné tant certains joueurs et entraineurs ont magnifié la beauté de ce sport et exalté des émotions sincères et intenses chez chacun de nous. Si la dimension artistique du football peut être discutée, sa portée philosophique est une évidence. Voici donc quelques citations inspirantes et que nous prenons la peine de partager.

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« Dans le football, l’apprentissage passe par les yeux. J’adore aller au stade pour voir les matchs des autres équipes. Aujourd’hui, je regrette que certains entraineurs y aillent uniquement pour superviser des joueurs. C’est ce qu’il y a de moins intéressant à voir, d’autant qu’il y a des gens dont c’est la spécialité. Moi, ce qui m’intéresse, ce ne sont pas les joueurs, mais les blocs, les collectifs. »

« Qu’un milieu de terrain fasse des dizaines de passements de jambes, je m’en fous complètement. Ce que je regarde, ce sont les combinaisons de jeux, la manière de défendre et d’attaquer et comprendre pourquoi la présence d’un joueur rend son coéquipier meilleur. J’ai des notes sur plus d’une centaine d’équipes. Je n’ai pas de modèle d’entraineurs, car ils sont tous mes modèles. Je suis une éponge. Les victoires et les défaites de mes confrères m’ont servi à devenir l’entraineur que je suis aujourd’hui.  Cette équipe là joue mal mais gagne à cause de ça. Celle là, au contraire, joue très bien mais perd tout le temps à cause de ça… J’ai affiné mes capacités analytiques comme ça. »

En Espagne, la victoire ne suffit pas. Il faut y mettre la manière…
« Parce que dans ce pays, le football est la plus importante des futilités. Pour nous, c’est un jeu. Dans d’autres pays, il n’y a que la victoire qui compte. Ici, c’est pareil mais il faut y mettre la manière. Il faut que le public en ait pour son argent, vous comprenez ? »

« Pendant longtemps, Xavi et Iniesta ont raconté qu’ils faisaient des cauchemars en pensant à Vieira et Makelelé… Je pense que depuis quelques années, les joueurs espagnols n’ont rien à envier aux Français. Physiquement, ils sont du même niveau et techniquement, ils sont meilleurs. En Espagne, on travaille beaucoup le physique, et l’intensité, mais c’est vrai qu’à la base, on donne plus d’importance aux qualités techniques. Le football, c’est avoir la balle le plus longtemps possible. Si ce n’était que de l’athlétisme ça se saurait… »

« En gagnant, la sélection espagnole a influencé les clubs de Liga, comme les clubs français l’ont fait en reprenant la tactique mise en place par Aimé Jacquet en 1998. Mais un style de jeu impose qu’il y ait un semblant de brio. Tout est dit. « Le style » : c’est quelque chose qui doit plaire, et qui doit être agréable à regarder. Le style, la sélection l’a trouvé ces dernières années. Ce qu’elle avait du mal à imposer avant de remporter l’Euro et le Mondial, c’était son identité de jeu. Le style et l’identité de jeu, ce sont deux choses bien différentes. »

« En France, vous jouez d’abord pour ne pas perdre. En Espagne, même si on a quelques équipes comme ça, on essaie avant tout d’imposer sa loi à l’autre. La culture du foot est différente aussi. Si les entraineurs français copient le modèle de Jacquet, c’est parce que c’est leur référence absolue. Tout du moins, c’est la voie qu’a choisi de donner votre direction technique nationale. Nous aussi, on copie nos champions du monde, comme vous l’aviez fait avec les Bleus. La différence, c’est que nos champions du monde se sont eux-même inspirés de la philosophie de jeu du Barça qui est pour moi la référence absolue en matière de football. En France, il n’y a pas de Barça, mais vous avez d’autres qualités et c’est grâce à ça que vous avez dominé le football pendant quelques années. Les potentiels sont les mêmes, mais les références sont différentes. En Liga, beaucoup d’équipes tentent d’imiter le Barça, chacun avec ses armes. Mais, au moins, l’esprit est là : elles vont de l’avant et jouent pour mettre plus de buts que leurs adversaires. »

« Pour les entraineurs espagnols, le système de jeu est secondaire. Ce qui nous importe, c’est la philosophie de jeu. Quand tu as ça, tous les systèmes deviennent bons. Pendant des années, c’est le système qui a primé, mais c’est une erreur. C’est comme mettre la charrue avant les bœufs. En Espagne, j’ai aussi l’impression qu’on travaille beaucoup avec les nouvelles technologies. C’est un outil très important aujourd’hui qui nous permet d’avoir plus de données. Avant, on n’avait pas tout ça, on était un peu comme des aveugles. En Liga, si tu ne sais pas utiliser un ordinateur, lire des bases de données ou passer des heures devant un écran à regarder du football, c’est très difficile d’avoir des résultats. Impossible même. »

« Je n’ai jamais eu de psychologue parce que je pense que c’est un métier qui fait peur aux joueurs. Je préfère plutôt me servir de mes expériences personnelles ou de mon passé de joueur. Sinon, je lis beaucoup de livres qui traitent de leadership, de cohésion de groupes. En ce moment, je m’intéresse à l’intelligence émotionnelle. C’est un bon moyen de s’affirmer et de devenir un leader dans le vestiaire. L’intelligence émotionnelle me permet aussi de savoir comment manager un groupe qui partage des langues, des cultures et des éducations différentes. »

« Sur le terrain, je ne veux pas que mes joueurs soient surpris ou impressionnés, ça voudrait dire que j’ai mal travaillé. On peut perdre un match sur n’importe quoi, mais pas au mental. »

« Je travaille le mental à un niveau personnel et collectif. Je fais tout pour exacerber la rage de vaincre et aiguiser l’esprit de compétition au sein de mon groupe. Quand j’ai deux joueurs pour un même poste, je n’hésite pas à chauffer un peu celui qui ne joue pas. Je choisis mes titulaires en fonction de leur dépassement de soi. Il faut qu’il me montre physiquement et mentalement qu’il a été meilleur que les prétendants au même poste durant la semaine pour jouer le week-end. »

« C’est quelque chose que je n’arrive pas à comprendre. Un entraineur qui ne parle pas à ses joueurs c’est triste. A quoi ça sert d’être froid ? A rien. Moi, je donne beaucoup d’affection. Une équipe, c’est une famille, où le dialogue est ultra-important. Dans mon vestiaire, je propose et je dispose, mais je suis assez consensuel. Je ne veux pas être un dictateur. Ce que je cherche, c’est rassembler 22 personnes autour d’un projet commun. »

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