[Dossier sur le Napoli] Maurizio Sarri, l’instigateur des Quatre Journées de Naples

Occupée par les forces du 3e Reich lors de la seconde guerre mondiale, la ville de Naples a dû compter sur ses fils pour se soustraire. Les Quatre Journées de Naples, entre le 27 et le 30 Septembre 1943, ont été une rébellion populaire qui aura permis aux napolitains de se libérer du joug allemand. Pour la résistance qu’elle aura offerte sans les Alliés, la ville a reçu la Médaille d’or de la valeur militaire et a inspiré les autres grandes villes italiennes au soulèvement.

Sous l’impulsion d’un de ses fils, Napoli est redevenu le berceau de la résistance à la domination de la Juventus en Série A. Si Maurizio Sarri, napolitain de naissance, et entraineur du club, n’a pas su empêché la Juventus de remporter son 6e Scudetto consécutif, il est néanmoins devenu le nouveau symbole d’un championnat plus attractif, plus orienté vers le jeu et moins calculateur. Et son titre d’Entraineur de l’Année ressemble à s’y méprendre à la Médaille d’or de la valeur militaire. 

Rebelle et amoureux de football, Maurizio Sarri ne pouvait éternellement se soustraire à sa passion. Il démissionne donc de ses fonctions d’agent bancaire, qui lui offraient bien des avantages, pour se consacrer au football : « À l’époque, je m’occupais des changes, des finances interbancaires. J’ai travaillé à Londres, en Allemagne, en Suisse, au Luxembourg. Je manœuvrais des dizaines de millions, j’étais bon et j’avais un bon salaire. Je pense même que j’aurais fait une belle carrière.»

Entrainer au niveau amateur de petits clubs toscans ou même remporter la Coupe de Série D avec Sansovino n’assouvissait plus ce besoin presque naturel chez lui. Preuve de son investissement total et indéfectible au jeu, Maurizio s’oriente finalement vers une décision périlleuse. Le chemin devait forcément être plus long pour lui, l’inconnu qui n’a jamais joué au niveau professionnel. Alors il s’y est engagé entièrement, comme toujours pour ce jusqu’au-boutiste.

C’est d’ailleurs ce trait de caractère qui est le plus remarquable dans les équipes qu’il entraine. Que ce soit avec Sansovino (6e div. à 4e div. en 3 ans) et Sangiovannese (4e div. à 3 div. en 2 ans) avec qui il aura connu des montées ou les nombreux clubs qui l’ont engagé pour sauver leur saison (Arezzo, Avellino, Hellas Vérone, Pérouse, Grosseto, Alessandria et Sorrento), Maurizio exige toujours de ses joueurs de respecter, quelque soit l’adversaire, un style de jeu audacieux. « Il était déjà très sûr de lui, de son travail et de ses idées. Cette confiance, il l’a d’ailleurs tout de suite transmise au groupe. Dès le premier entraînement, il a fait une grosse impression. On est montés en puissance au fil de la saison. D’ailleurs, on a fini meilleure défense du championnat cette année-là. » Gianluca Nocentini, ancien défenseur de la Sangiovannese.

En s’appuyant sur des qualités de psychologues et en bon gestionnaire d’effectif, il a rendu attractives de nombreuses équipes de catégorie inférieure. Francesco Baiano, qu’il a eu sous ses ordres avec la Sangio, poursuit : « Sarri avait déjà tout d’un coach de haut niveau. C’était évident qu’il pouvait aller plus haut. Et puis il travaillait énormément, que ce soit sur ou en dehors du terrain. Il ne pensait qu’au football ! Sa préparation des rencontres était ahurissante. Il étudiait dans le moindre détail nos adversaires.C’est un entraîneur qui parle beaucoup aux joueurs. Il réussit à parfaitement te faire comprendre ce qu’il attend de toi. Il met aussi en évidence que c’est l’équipe qui gagne, pas l’individualité. Bien sûr que si tu as un Messi ou un Higuaín, c’est plus facile de gagner, mais c’est toujours l’équipe qui gagne à la fin. Une individualité ne peut pas gagner toute seule »

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C’est avec Pescara, qui lui offre l’opportunité d’entrainer en Série B, que tout s’accélère et que l’histoire devient une véritable inspiration grâce à un homme armé de sa passion, de sa méthodologie, de ses convictions, de son enthousiasme, de son courage mais aussi de sa superstition. Il lui est arrivé de demander à ses joueurs de tous noircir leurs chaussures par exemple. Et lui de ne jamais changer de survêtement. 11e place pour Pescara à l’issue de la saison et l’aventure se poursuit avec Empoli, toujours en Série B. A deux doigts de faire monter le club toscan la première saison, il échoue aux play-offs contre Livourne. Mais la saison suivante, la seconde place au classement garantit la montée vers l’élite pour Sarri et ses joueurs : « J’ai eu des hauts et des bas en tant qu’entraîneur, mais j’ai à chaque fois progressé. Le pas n’a pas été facile à franchir, mais j’y suis parvenu. De toute façon, je ne vois pas la Série A comme un accomplissement. Mon vrai objectif était juste de faire de ma passion un métier, et j’ai réussi. J’ai choisi le seul métier que j’aurais accepté de faire gratuitement. »

Si la 15e place au classement est un bel accomplissement pour un club promu en première division, c’est surtout la manière qui est à saluer : intransigeant avec le style, novateur dans ses idées, ambitieux dans son approche vis-à-vis du jeu, Empoli apporte une nouvelle touche de folie dans un championnat qui poursuit lentement sa résurrection.

Naples saura flairer le bon coup malgré le scepticisme du plus grand joueur de son histoire, Maradona, qui s’excusera par la suite. Confier les rênes d’un des clubs les plus fervents d’Italie à un novice, l’idée semblait risquée. Mais l’attachement au club, le dévouement au jeu, le style offensif, la gestion de l’effectif, la qualité dans la préparation de ses joueurs (il a validé une thèse sur le sujet) ont convaincu l’équipe partenopei qui a très tôt adopté l’entraineur et son message. Et la qualité des prestations collectives enthousiasme depuis le Stadio San Paolo et tous les supporteurs du SSC Napoli qui ne cessent d’augmenter, enchantés par la prise de risques prônée par cet admirateur d’Arrigo Sacchi, aujourd’hui séduit : « Naples et Sarri sont des exemples pour toute l’Italie et on ne peut que leur dire merci. Avec ces gamins, ils font quelque chose d’extraordinaire, car la façon dont ils jouent est aussi appréciée par leurs adversaires. »

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Aujourd’hui, Naples produit le meilleur football d’Europe. Son style offensif, la verticalité dans son approche, le jeu fait de passes courtes, la coordination dans les mouvements et les combinaisons de ses joueurs quand il s’agit de construire ou de conclure, enchantent. La force collective dont ils font preuve est telle qu’on aime voir Naples défendre, parce qu’ils le font ensemble, prenant la place de l’autre ou venant en soutien. Avec un potentiel offensif mené par Hamsik et Insigne, les partenopei attaquent pendant tout le match, prenant la peine d’étirer, d’offrir dédoublements, jeu en triangle ou de se servir du 3e homme pour jouer en profondeur.

Et s’ils dépendent de leurs meilleurs joueurs pour élever leur niveau, l’identité de jeu reste quelque soit la composition. Preuve que Sarri maitrise véritablement son groupe et que le message passe. Un article plus porté sur la tactique viendra pour mieux expliciter le jeu napolitain.

Naples ne gagnera aucun trophée cette saison. Ils feront peut-être moins bien que l’an passé en terminant 3e derrière l’AS Roma. Mais ils auront conquis le monde du football lors de chacune de leur prestation en faisant preuve de créativité, d’idées, d’audace et d’harmonie grâce à Maurizio, l’inconnu. Il a fallu qu’un homme qui ne devait rien au football, ni honneur, ni gloire vienne nous émouvoir. Parce qu’il suffit d’un ballon. Et qu’il ne faut pas en avoir peur, qu’il s’agisse du champion d’Europe en titre ou pas.

« Je leur ai dit que j’accepte n’importe quel résultat, mais que je n’accepterai pas que mes joueurs aient peur. Nous allons tenter de réaliser la folie de jouer notre football ici à Santiago Bernabéu, et si nous n’y parvenons pas, nous saurons que nous jouons face au champion d’Europe en titre et du monde. » 

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