Juventus FC vs. Real Madrid : le duel des faux jumeaux !

La géométrie permet de faire des constats simples mais pertinents sur le football. Si on fractionne le terrain en trois zones, la gauche, la droite et le milieu, cette dernière présente le meilleur intérêt. Sur les cotés, la ligne de touche cloisonne la surface; le joueur a une liberté restreinte qui s’exprime sous la forme d’un angle plat de 180 degrés que représente la ligne de touche. Dans une position plus centrale, celle du milieu, les opportunités deviennent plus favorables : logique, l’angle est passé à 360 degrés.

La déduction qu’impose ce bilan géométrique suggère donc que le joueur offensif le moins déterminant est d’abord le plus éloigné mais aussi évoluant sur un coté. L’arrière latéral, puisque c’est de lui qu’il s’agit, a cette étiquette de joueur par défaut. Avec des responsabilités larges dans le football actuel, mais des caractéristiques nettement moins nombreuses, leur influence dans le jeu de leur équipe est rarement remarquée ou remarquable.

Seulement la beauté de ce sport si merveilleux est dans son désaveu permanent et perpétuel du sens logique, de la raison mathématique mais surtout de vérités presque tangibles. Alors le football nous prouvera encore son éternelle irrationalité sur l’une de ses plus majestueuses tribunes : la finale de la Ligue des Champions qui opposera la Juventus de Daniel Alves et le Real Madrid de Marcelo à Cardiff ce Samedi.

Meilleur joueur de leur équipe ? Le débat non seulement existe et les arguments sont multiples. Mais plus que le débat, c’est surtout leur influence dans le jeu de leur équipe qu’il est judicieux d’évoquer. Surtout qu’un duel « fratricide » les opposera tout au long de la rencontre, et sera l’un des enjeux de cette finale. Avec ses inspirations géniales, un pied gauche aussi précis que vif dans sa vitesse d’exécution, Marcelo est le danger principal dans l’animation de son équipe. Souvent seul dans son couloir, la liberté dont il dispose et son répertoire technique riche et varié, lui permettent de participer dans la construction du jeu, de provoquer ses vis-à-vis balle au pied, de s’insérer dans la surface adverse, de souvent attirer le jeu dans sa zone. Pour peu qu’il ait de l’espace, Marcelo peut prendre le dessus sur n’importe quel joueur et choisir immédiatement de centrer, de jouer vers un coéquipier démarqué ou de finaliser l’action. Sa grande force réside surtout dans son imprévisibilité qui en fait un joueur instinctif,

Avec des contrôles techniquement parfaits, Daniel Alves est aussi une exception pour son poste, mais surtout pour son rôle. Alors que son compatriote est un joueur qui colle plus souvent à la ligne de touche, lui est plus souvent attiré vers l’intérieur. Moins instinctuel aussi, mais plus dans la gestion du jeu, dans son analyse, dans la recherche constante du meilleur espace, de la meilleure solution collective. Si leurs combinaisons avec leurs coéquipiers est un plaisir à contempler, il y a aussi des différences entre eux. Marcelo sera bien plus attiré vers l’exploit individuel alors qu’Alves présente plus des caractéristiques de meneur de jeu décalé étant toujours une option de passe, avec une emprise sur le jeu collectif.

Si par le passé, les confrontations furent nombreuses, celle de ce soir sera unique. D’abord pour le contexte de la rencontre, mais aussi pour le statut qu’ils ont acquis cette saison en tant que référent créatif pour leur équipe surtout sur cette édition de Ligue des Champions. L’ancien barcelonais a éliminé Monaco continuant sa montée en puissance depuis le début de la saison alors que le madrilène a délivré, comme toujours, des opportunités pour ses partenaires contre le Bayern Munich et l’Atletico Madrid.

Un duel qui ne fera pas oublier les nombreuses autres oppositions : Dybala et Benzema, comme attaquant de soutien aussi vaudra une attention particulière, Carvajal et Alex Sandro essayeront eux aussi d’avoir leur podium. Mais l’antagonisme collectif sera comme toujours la plus passionnante.

Comme un symbole du duel brésilien, la Juventus sera plus dans l’intelligence et la gestion tandis que le Real Madrid joue beaucoup sur le momentum de la rencontre. Les italiens devront être capables de varier souvent leur approche : contenir sans concéder et asphyxier pour forcer les erreurs adverses. L’équipe de Massimiliano Allegri a réussi brillamment lors des tours précédents à comprendre ce que le déroulement du match exiger d’eux et à jouer conséquemment. Avec l’agressivité offensive des récents champions d’Espagne qui se manifeste avec de nombreux centres, la capacité à défendre bas sera encore déterminante.

Marcelo et Carvajal qui seront donc les premières options pour générer le déséquilibre et créer le décalage. Mais la dernière trouvaille d’Allegri, l’un des coups de maitre de cette saison, avec le replacement de Mandzukic sera l’un des freins à l’exploitation du couloir droit. Généreux, teigneux avec une activité folle, le croate est capable aussi bien de défendre sur le jeune espagnol, que de venir apporter un surnombre défensif au milieu pour engendrer une densité axiale.

Le Real Madrid à l’attaque sur cette rencontre et la Juventus en alternance donc. La titularisation d’Isco ou de Gareth Bale changera forcément le visage de leur équipe. Avec l’espagnol, c’est une option de plus au milieu, un relai pour Modric et Kroos, un créateur avec des facilités dans la provocation, des inspirations dans la passe et dans le décalage. Avec un duo Pjanic et Khedira (ou Marchisio), le Real Madrid s’assurera une supériorité numérique dans cette zone. Ce sera donc la doublette Dybala et Higuain qui tentera de forcer vers les ailes en s’opposant aux passes vers le cœur du jeu.

La titularisation du gallois sera surtout dans le cadre du défi physique, de la contribution personnelle et dans l’exploitation de ses qualités de finisseur. Benzema serait surtout dans le rôle de liant pour permettre les courses vers l’intérieur de Gareth Bale et Cristiano Ronaldo.

Les italiens joueront dans une configuration identique au match contre Monaco, avec cette triplette défensive habituelle. Pour contrecarrer le potentiel offensif adverse, on verra encore ce travail d’ajustement dans le placement, cette lecture des trajectoires, cette capacité qu’ils ont de défendre dans leur surface, empêcher l’adversaire de se retourner. Mais surtout, cette illusion de rompre en gardant toute leur maitrise cependant.

La construction est surtout assurée par le losange Bonucci, Alves, Pjanic et Dybala. Et Marchisio si celui-ci est préféré à Khedira. Dani contrôle, fait jouer son équipe, demande le ballon, fait un renversement, combine dans les petits espaces alors que l’argentin décroche et propose une solution de plus. S’il a la capacité de se retourner, il saura trouver ses partenaires. Une autre opposition dont dépendra l’animation de la Juventus : celle entre Dybala et Casemiro. Lorsque l’argentin fait cette course en retrait, souvent se déclenche le mécanisme du 3e homme avec les courses intérieurs d’Higuain et Mandzukic.

Son replacement lui permet de se faire oublier pour faire des appels en profondeur, pour recevoir des centres en étant souvent plus vif que son adversaire direct. Il est aussi une solution pour jouer en pivot et recevoir le ballon dos au but, surtout vu la petite taille de Carvajal, et servir de relais à ses partenaires. Ses courses vers l’intérieur libèrent Alex Sandro qui a donc tout le loisir pour centrer, provoquer ou tout simplement étirer le jeu.

Compositions probables : Juventus : Buffon, Alves, Barzagli, Bonucci, Chiellini, Alex Sandro, Pjanic, Khedira (ou Marchisio), Dybala, Mandzukic et Higuain

Real Madrid : Navas, Carvajal, Varane, Ramos, Marcelo, Casemiro, Kroos, Modric, Bale (ou Isco), Benzema et Cristiano Ronaldo

La première pour Buffon, un double-double pour le Real Madrid (un doublé Liga et Ligue des Champions et un doublé 2016 et 2017 en Ligue des Champions), le premier triplé de l’histoire de la Juventus ? Cette coupe sera historique quelque soit le vainqueur. Alors messieurs, faites honneur au football et que la fête soit belle. Surtout Marcelo. Et toi aussi Dani. 1, 2, 3 : chwarae* !

*jouez en gallois

 

 

 

 

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